
Depuis 2003, le supersonique civil n'existe plus. Le Concorde ne vole plus. Deux femmes seulement ont eu le privilège d'en tenir les commandes. L'une d'elles est française. Béatrice Vialle est l'une des seules personnes au monde à pouvoir raconter ce que c'était de l'intérieur. Sophie Théret, fondatrice de Pikikock, a eu le plaisir de la rencontrer.

Mis en service commercial en 1976, le Concorde a révolutionné l'aviation en reliant Paris à New York en 3 h 45. Volant à Mach 2, soit deux fois la vitesse du son, à plus de 17 000 mètres d'altitude, il n'a jamais eu d'équivalent dans l'histoire de l'aviation civile. En 2003, après 27 ans de service, son exploitation s'est arrêtée définitivement. Seuls quelques pilotes au monde peuvent dire qu'ils l'ont piloté, et parmi eux, deux femmes seulement : Barbara Harmer chez British Airways, et Béatrice Vialle à Air France.

Pikikock. Béatrice, vous êtes l'une des deux seules femmes au monde à avoir piloté le Concorde. Quelle fierté et quelles émotions cela suscite-t-il chez vous aujourd'hui ?
Béatrice Vialle. « Effectivement, nous n'étions que deux femmes dans le monde à avoir piloté le Concorde : Barbara Harmer chez British Airways, malheureusement décédée il y a une dizaine d'années, et moi à Air France. C'est une fierté immense, celle d'avoir pu voler sur cet avion mythique et de faire du supersonique, comme tout pilote aurait aimé faire. J'ai réussi à être au bon endroit au bon moment pour obtenir ma qualification sur le Concorde et voler dessus. Voler sur cet avion m’a procuré beaucoup de plaisir, m’a permis de créer plein de souvenirs et j’ai vraiment adoré cette période de ma vie. »
Quelles sont les différences majeures entre le pilotage d'un avion classique et celui du Concorde ?
BV. « Les premiers vols sur l'avion, nous n'avons pas le temps de profiter, tant il y a de choses à faire. Nous sommes beaucoup plus occupées qu’à bord d’un avion classique ; le travail à bord est très intense. Mais après quelques vols, nous prenons nos repères et c'est un plaisir constant. Faire Paris-New York en 3 h 45, alors que nous mettons plus de 8 heures aujourd'hui, c'était exceptionnel.
Cet avion était très agréable à piloter, mais très différent d'un avion classique. Les ailes ne sont pas les mêmes, la vitesse d'approche est assez élevée et l'appareil est très cabré à l'atterrissage. Poser cet avion demandait une technique radicalement différente. Il était très fin au pilotage et très agréable, et à chaque fois c'était un vrai plaisir de faire l'atterrissage, le décollage et même les accélérations supersoniques.
Au moment où nous mettions la postcombustion en route pour passer de subsonique à supersonique, au passage de Mach 1, nous sentions vraiment la puissance des moteurs. Nous coupions la réchauffe à Mach 1,6 et l'avion continuait à accélérer tranquillement jusqu'à Mach 2, sans à-coups dans l'accélération. »
Vous avez été aux commandes jusqu'à l'arrêt définitif en 2003. Comment avez-vous vécu ce moment ?
BV. « Ce n'était pas notre choix. C'était triste de savoir que cet avion allait s'arrêter. J'avais une confiance absolue dans l'appareil. Suite à l'accident, de nombreuses modifications avaient été apportées : les pneus avaient été modifiés pour qu'un tel accident ne puisse pas se reproduire, des liners avaient été installés dans les réservoirs, et un certain nombre d'autres choses avaient été revues. L'avion était très fiable. Seulement, il n'y avait pas beaucoup de Concorde dans le monde, les pièces détachées coûtaient très cher et l'exploitation était devenue trop coûteuse comparée à d'autres appareils. J'ai vécu la fin de plusieurs avions au cours de ma carrière, le 747-200, le 747-400, et à chaque fois c'est triste de savoir que nous ne volerons plus sur cet appareil.
Quand le Concorde s'est arrêté, je suis passée de copilote à commandant de bord sur 747. C'était un autre défi qui m'attendait, un autre challenge. C'était une nouvelle prise de responsabilités, et c'était intéressant. »
Aujourd'hui, les femmes pilotes ne représentent que 9,2 % des effectifs chez Air France. Qu'est-ce qui devrait évoluer pour permettre une plus grande présence des femmes dans ce métier ?
BV. « Tout commence avant le bac, dans les filières scientifiques où il y a moins de filles que dans les filières économiques ou littéraires. C'est à partir de cet entonnoir qu'il y a mécaniquement moins de femmes pilotes. Les avions d'aujourd'hui sont équipés de commandes électriques et de compensateurs : la force physique n'est plus un critère.
Quand j'ai commencé il y a plus de 40 ans, j'étais la dixième femme chez Air France. Nous sommes maintenant quelques centaines, les choses ont bien évolué. Lors des forums des métiers, je dis aux jeunes filles que nous sommes naturellement multitâches : nous savons piloter tout en écoutant les communications radio et en gérant plusieurs paramètres en même temps. Notre place est dans les avions.
Certains évoquent la vie de famille. Je leur réponds que c'est comparable à celle de toutes les hôtesses de l'air. Les horaires atypiques existent, mais lorsque nous sommes à la maison, nous sommes pleinement disponibles pour notre famille. »

Depuis 2003, le supersonique civil n'existe plus. Le Concorde ne vole plus. Deux femmes seulement ont eu le privilège d'en tenir les commandes. L'une d'elles est française. Béatrice Vialle est l'une des seules personnes au monde à pouvoir raconter ce que c'était de l'intérieur. Sophie Théret, fondatrice de Pikikock, a eu le plaisir de la rencontrer.

Mis en service commercial en 1976, le Concorde a révolutionné l'aviation en reliant Paris à New York en 3 h 45. Volant à Mach 2, soit deux fois la vitesse du son, à plus de 17 000 mètres d'altitude, il n'a jamais eu d'équivalent dans l'histoire de l'aviation civile. En 2003, après 27 ans de service, son exploitation s'est arrêtée définitivement. Seuls quelques pilotes au monde peuvent dire qu'ils l'ont piloté, et parmi eux, deux femmes seulement : Barbara Harmer chez British Airways, et Béatrice Vialle à Air France.

Pikikock. Béatrice, vous êtes l'une des deux seules femmes au monde à avoir piloté le Concorde. Quelle fierté et quelles émotions cela suscite-t-il chez vous aujourd'hui ?
Béatrice Vialle. « Effectivement, nous n'étions que deux femmes dans le monde à avoir piloté le Concorde : Barbara Harmer chez British Airways, malheureusement décédée il y a une dizaine d'années, et moi à Air France. C'est une fierté immense, celle d'avoir pu voler sur cet avion mythique et de faire du supersonique, comme tout pilote aurait aimé faire. J'ai réussi à être au bon endroit au bon moment pour obtenir ma qualification sur le Concorde et voler dessus. Voler sur cet avion m’a procuré beaucoup de plaisir, m’a permis de créer plein de souvenirs et j’ai vraiment adoré cette période de ma vie. »
Quelles sont les différences majeures entre le pilotage d'un avion classique et celui du Concorde ?
BV. « Les premiers vols sur l'avion, nous n'avons pas le temps de profiter, tant il y a de choses à faire. Nous sommes beaucoup plus occupées qu’à bord d’un avion classique ; le travail à bord est très intense. Mais après quelques vols, nous prenons nos repères et c'est un plaisir constant. Faire Paris-New York en 3 h 45, alors que nous mettons plus de 8 heures aujourd'hui, c'était exceptionnel.
Cet avion était très agréable à piloter, mais très différent d'un avion classique. Les ailes ne sont pas les mêmes, la vitesse d'approche est assez élevée et l'appareil est très cabré à l'atterrissage. Poser cet avion demandait une technique radicalement différente. Il était très fin au pilotage et très agréable, et à chaque fois c'était un vrai plaisir de faire l'atterrissage, le décollage et même les accélérations supersoniques.
Au moment où nous mettions la postcombustion en route pour passer de subsonique à supersonique, au passage de Mach 1, nous sentions vraiment la puissance des moteurs. Nous coupions la réchauffe à Mach 1,6 et l'avion continuait à accélérer tranquillement jusqu'à Mach 2, sans à-coups dans l'accélération. »
Vous avez été aux commandes jusqu'à l'arrêt définitif en 2003. Comment avez-vous vécu ce moment ?
BV. « Ce n'était pas notre choix. C'était triste de savoir que cet avion allait s'arrêter. J'avais une confiance absolue dans l'appareil. Suite à l'accident, de nombreuses modifications avaient été apportées : les pneus avaient été modifiés pour qu'un tel accident ne puisse pas se reproduire, des liners avaient été installés dans les réservoirs, et un certain nombre d'autres choses avaient été revues. L'avion était très fiable. Seulement, il n'y avait pas beaucoup de Concorde dans le monde, les pièces détachées coûtaient très cher et l'exploitation était devenue trop coûteuse comparée à d'autres appareils. J'ai vécu la fin de plusieurs avions au cours de ma carrière, le 747-200, le 747-400, et à chaque fois c'est triste de savoir que nous ne volerons plus sur cet appareil.
Quand le Concorde s'est arrêté, je suis passée de copilote à commandant de bord sur 747. C'était un autre défi qui m'attendait, un autre challenge. C'était une nouvelle prise de responsabilités, et c'était intéressant. »
Aujourd'hui, les femmes pilotes ne représentent que 9,2 % des effectifs chez Air France. Qu'est-ce qui devrait évoluer pour permettre une plus grande présence des femmes dans ce métier ?
BV. « Tout commence avant le bac, dans les filières scientifiques où il y a moins de filles que dans les filières économiques ou littéraires. C'est à partir de cet entonnoir qu'il y a mécaniquement moins de femmes pilotes. Les avions d'aujourd'hui sont équipés de commandes électriques et de compensateurs : la force physique n'est plus un critère.
Quand j'ai commencé il y a plus de 40 ans, j'étais la dixième femme chez Air France. Nous sommes maintenant quelques centaines, les choses ont bien évolué. Lors des forums des métiers, je dis aux jeunes filles que nous sommes naturellement multitâches : nous savons piloter tout en écoutant les communications radio et en gérant plusieurs paramètres en même temps. Notre place est dans les avions.
Certains évoquent la vie de famille. Je leur réponds que c'est comparable à celle de toutes les hôtesses de l'air. Les horaires atypiques existent, mais lorsque nous sommes à la maison, nous sommes pleinement disponibles pour notre famille. »
Ce lien avec l'aviation prend une dimension personnelle pour notre fondatrice, Sophie Théret, qui a eu l'opportunité de monter à bord du Concorde lors du vol spécial organisé pour l'éclipse solaire du 11 août 1999. Une expérience rare, qui donne à la rencontre avec Béatrice Vialle une résonance toute particulière.